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 breath of a life. ▽ (mades)

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MessageSujet: breath of a life. ▽ (mades)   Sam 30 Aoû - 5:07



invisible to history

true emancipation is a fantasy


Marcher. Marcher. Avancer. Continuer, sans flancher. Sans tomber. S'il s'affaissait, il ne se relèverait pas. Ou, tout du moins, c'était là que sa plus grande peur résidait.

Sa cage thoracique se gonflait, s'amenuisait. Il peinait à reprendre chaque respiration, à enchaîner chaque nouveau pas. Mais, comme d'ordinaire, il n'arrêtait pas. Il ne s'arrêtait pas. Hades ne s'arrêtait jamais. Même la mort n'était plus un obstacle. Condamné à renaître, aussitôt le repos trouvé ; condamné à recommencer, sans l'ombre d'une échappatoire, sans un espoir de rédemption. Mais il n'avait pas envie de sombrer dans l'oubli. Pas envie de retourner à cet état de nourrisson qui lui faisait perdre plusieurs années de sa vie. À cet instant précis, il voulait continuer d'avancer. Poursuivre cette vie, et ne jamais se laisser abattre. Ne pas tomber vers le fond ; toujours plus profond. Il voulait l'atteindre. Toucher le sol sablonneux de l'océan, et pousser des deux pieds pour remonter. Reprendre une grande bouffée d'air frais, une fois la surface percée. Et, pour quelques temps encore, continuer à avancer.

Il regardait derrière lui. Personne. Il faisait nuit. Et ça n'avait rien de rassurant. Dans un monde où le sang n'avait pas d'attrait particulier, autre que pour les monstres aquatiques stimulés à la moindre goutte versée, cela n'aurait pas eu d'impact particulier. Mais, là, c'en avait un, précisément. Les vampires pouvaient le sentir. Les vampires pouvaient le suivre à la trace, lui mettre la main dessus, et l'achever. Il vivait dans cette crainte, chaque seconde s'écoulant, tandis qu'il approchait sans cesse plus de son inexorable but. Il lui semblait inatteignable. Et, à chaque pas, il avait l'impression de sentir un courant d'air l'effleurer ; la brise légère d'une célérité inhumaine, parfum de la fin d'une vie et du début d'une autre. Mais rien. Rien ne venait troubler sa solitude, rien ne venait l'empêcher de poursuivre sa route, inlassablement, vers ce qu'il espérait un repos bien mérité. Chaque pas le faisait souffrir davantage que le précédent. L'adrénaline estompait pour beaucoup la douleur, mais l'effet n'en était pas complet. Une déchirure lancinante lui fendait l'abdomen, à chaque fois que son pied s'appuyait sur le béton sale de Brooklyn. Mais il tâchait de l'oublier. Il s'échinait à penser qu'au moins, là-bas, on lui viendrait en aide. Il n'en était plus si loin. Trois numéros. Trois échoppes à passer, et son sésame se trouverait derrière une minuscule porte vitrée. Il y était presque. Avance, Hades. Ne t'arrête pas. Avance.

Et si elle ne pouvait pas l'aider ? Est-ce qu'il allait crever dans son sang, sans un mot, comme le putain de chien que l'on racontait qu'il était ? Ç'aurait été dégueulasse. Inhumaine. Pas alors qu'il commençait tout juste à adopter un comportement plus moral. Pas alors qu'il s'efforçait de rester à sa place, et de ne pas soulever chaque jupe qui passait à portée de ses mains. Pas alors qu'il ne passait plus ses soirées entières en boîte de nuit, à la recherche d'une fille perdue, pour quelques minutes au fond des toilettes — une nuit complète ? et puis quoi encore. Il buvait toujours, mais ne couchait plus à droite à gauche. Lorsque, par mégarde, il se laissait entraîner par quelques avances osées, quelques gestes déplacés mais plutôt agréables, il se ressaisissait. Il déclinait, esquivait, sortait. Il prenait une grande bouffée d'air frais et fermait les yeux. Il pensait à Ryk'. Il tentait de visualiser son visage, de comprendre ce qu'il pouvait ressentir. Se remémorer ce soir, chute tragique de leurs vies mêlées. Se le rappeler, jusqu'à en avoir la nausée.

Ce soir, il avait été jusqu'à en vomir. Il avait bu. Bu alors que, depuis la veille, il était pris de hauts-le-coeur fréquents. Il avait fini par en avoir un trop violent. Et, avant même d'avoir une chance d'être saoul, il avait rendu tripes et boyaux au fond d'une ruelle. Il avait fini par retourner à l'intérieur. Il avait avalé un verre de vin — une piquette, mais qu'importe — pour faire passer le goût, l'avait payé, et était retourné prendre l'air. C'est là que tout s'était compliqué. Et, en toute honnêteté, il ne se souvenait pas de tout. Pas vraiment. Une embrouille. Un crétin qui s'offusque d'une remarque déplacée. Un coup de couteau. Il avait hoqueté. Un deuxième, pour lui faire payer son affront. Il n'avait pas utilisé le mot affront. Il ne le connaissait probablement pas. Mais de toute évidence, ça signifiait quelque chose du genre. Et lui, en toute légitime défense, lui avait tordu le cou. Il avait eu peur qu'il ne soit un être surnaturel. Il était parti. Le plus rapidement possible, malgré les petites flaques rouges laissées derrière chacun de ses pas, à la manière d'un chemin. Il avait voulu prendre la direction de l'appartement. Du sien, dans un premier temps ; il avait réalisé qu'il était trop loin. Il était parti parce que Megara avait décidé de passer la nuit là. Et il n'avait aucune envie de la croiser chaque fois qu'il sortait le nez de sa chambre. Celui de Ryker, alors ? Encore plus loin. Il ne tiendrait pas jusque là. Tout coriace soit-il, toute volonté puissante puisse-t-il avoir, la réalité le rattrapait toujours, et la quantité de sang qu'il perdait était dangereuse pour sa vie. Il fallait qu'il trouve un lieu où se réfugier. Et vite.

The Submarine.
Il jeta, de loin, un coup d'oeil au petit bar d'ordinaire tranquille, auquel il avait finalement décidé d'échouer. Il regarda la petite tête brune, derrière la porte, qui s'apprêtait à tourner le panneau « ouvert » pour annoncer « fermé ». Il n'avait pas l'air bien. Mais ce n'était pas une raison, non ? Il aurait pu aller ailleurs. La laisse tranquille. Mais il ne parvenait plus à réfléchir. L'adrénaline n'était plus assez forte pour faire taire complètement la douleur des deux trous qui lui perforaient l'abdomen. S'il avait tenu jusqu'ici, c'était qu'aucun organe vital n'avait été touché. S'il avait réussi à marcher jusque là, c'est qu'outre sa résistance physique hors du commun et sa volonté de survivre, la lame était courte. Elle avait été taillée pour blesser, tailler pour se défendre, mais elle n'avait pas été faite pour tuer. Du moins, pas avec l'utilisation que son agresseur en avait faite.

Sa veste était rabattue sur son ventre, la fermeture éclair dézippée. Il avait les mains dans les poches, dont une pressant comme il le pouvait sa plaie, l'empêchant de perdre trop de sang. Au moment où il s'approcha de la porte, l'une de ses mains s'échappa de sa veste afin de venir cogner sur le carreau. Il n'avait pas prévu de sortir l'autre. Pas prévu de lâcher cette plaie qui lui donnait des envies de hurlements suraigus, tant la douleur devenait insupportable — et tant marcher n'avait fait que l'empirer. Il aurait eu honte de s'effondrer maintenant, sur le pas de sa porte. Elle était gentille. Serviable, et polie. Il appréciait le temps à discuter en sa compagnie. Et il venait, sans le moindre scrupule, lui ruiner sa nuit.

« Hey ! Hey... » Il toussote, s'efforce de ne pas tomber. Il tente de sourire, aussi. Mais quel succès. « Je... Je sais qu't'allais fermer. J'suis désolé de débarquer comme ça... » Il ferme les yeux. Gêné. Honteux.

Il n'eut pas la force d'ajouter quoique ce soit. Il ignorait même si elle l'avait entendu, de l'extérieur. Mais il avait besoin d'entrer. Il était suffisamment mal en point pour que son besoin d'aide ne crève les yeux.

Il eut un vertige. Ses paupières se fermèrent et s'ouvrirent à plusieurs reprises, brièvement. Il ne tomba pas. Mais il n'en était plus loin.

Son regard se pose à nouveau vers l'intérieur du Submarine.
S'il te plaît.
Laisse-moi entrer.
Laisse-moi m'asseoir.

Laisse-moi fermer les yeux, glisser au fond, et oublier.
Tout oublier.


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MessageSujet: Re: breath of a life. ▽ (mades)   Dim 31 Aoû - 1:46


and when it's time to look you in the eye
you'll know where i'm coming from

Le chiffon frotte le comptoir dans un bruissement à peine perceptible, qui le serait encore moins si les conversations qui bourdonnent et les verres qui claquent et les voix qui se lèvent ne s’étaient pas évanouis depuis un moment déjà. Mathilda reste concentrée sur sa tâche, sourcils froncés et regard perdu dans le vide. Elle passe et repasse aux mêmes endroits sans relâche, mais ça ne change rien. Elle a l’impression que le bois ne retrouve pas son éclat habituel, et qu’il préfère se parer de pourpre à chaque seconde qui passe. Comme s’il portait les marques de ce qu’elle a fait. De ce qui est dans son propre sang. Ses phalanges se crispent, ses lèvres se pincent et elle s’acharne un peu plus, effectuant la même pression que si elle cherchait à décaper toute cette surface. Elle s’énerve, appuie à s’en faire mal aux doigts et finit par balancer le torchon sur le sol derrière elle. Puis, plus rien. Sa respiration s’apaise et son rythme cardiaque en fait de même, mais pas son esprit. Elle voudrait pouvoir presser le bouton off parfois, histoire d’être enfin au calme. Mais bien sûr c’est impossible et elle est forcée de trouver une autre alternative. Alors elle clôt ses paupières un instant, espérant y trouver du noir plutôt que du rouge et un silence au milieu du chaos.

Un semi éclat de rire la sort de sa torpeur momentanée, la forçant à poser le regard sur le seul client toujours vissé au tabouret tel un fidèle compagnon. Il hausse les épaules, avalant quelques gorgées de son précieux scotch. « J’t’ai déjà raconté la fois où– euh– j’ai passé la nuit avec la...le... tu sais, la blonde unijambiste qui peut tourner ses membres dans tous les sens ? Une contordue. Non, c’est pas ça... Consaucisse ? J’sais plus, merde... » Sa voix semble pâteuse, sûrement à cause des quantités d’alcool qu’il a ingurgitées depuis qu’il est arrivé. Mathilda arque un sourcil, et même si elle est trop occupée à essuyer un verre pour l’observer, elle sait qu’il plisse le nez en faisant de grands gestes pour mieux réfléchir – qu’il croit. Elle le connaît depuis le temps, le loustic. « Contorsionniste, peut-être ? » Il hoche frénétiquement le menton pour approuver, manquant de s’étouffer en avalant de travers ; sa propre salive ou le contenu de son verre, ça restera un mystère. « Alors, j’t’ai raconté ? » Elle soupire, se retenant de lever les yeux au ciel alors qu’un sourire vient se plaquer sur ses lèvres. Toujours en train de raconter des anecdotes à dormir debout, il la fait rire depuis qu’elle est haute comme trois pommes. Un habitué, toujours fidèle au poste. Toujours bourré, aussi. Mais ça fait rien, elle y est habituée. « Non. » « Tu veux que j’te raconte ? » Il a le regard aussi pétillant qu’un gosse le matin de Noël, et elle laisse échapper un petit rire en posant ce qu’elle a dans les mains pour les appuyer sur le comptoir. « Pas vraiment. Tu sais bien que tes talents de conteur sont sans égal, mais je passe mon tour pour ce soir. » Elle attrape le verre du joyeux luron, ignorant volontairement son air profondément déçu et son indignation de ne pas finir son précieux breuvage. En quelques pas, elle le rejoint de l’autre côté du comptoir pour l’aider à se relever et le guider jusqu’à la porte de l’établissement. « Maintenant, tu vas rentrer chez toi et dormir un peu parce que tu commences à avoir les yeux aussi brumeux qu’un camé, et puis quand tu commences à vouloir me raconter ta vie sexuelle c’est mauvais signe. Je doute pas que ta chère unijambiste avait des qualités indéniables, mais je préfère préserver mon esprit pur et chaste, tu vois. » Il ricane et ouvre la bouche pour commencer à se plaindre, mais elle le stoppe d’un geste. « Allez, du balai. Et j’veux plus voir tes vieilles fesses avant demain. » Un peu à contrecœur, il obéit en marmonnant dans sa barbe, zigzaguant légèrement alors qu’il s’éloigne du bar à l’allure d’une tortue. Et les babines retroussées d’un air amusé, Mathilda retourne à l’intérieur.

La porte se ferme, ses yeux aussi. Même schéma que le précédent, et elle respire enfin. Du moins, elle essaie histoire de pas finir par se noyer toute seule. Quand ses paupières s’ouvrent à nouveau, les lumières de son propre bar lui agressent les rétines et elle réalise qu’elle est peut-être restée comme ça un peu trop longtemps. Au fond, qu’est-ce que ça peut bien faire, de toute façon ? C’est qu’une illusion, une manière comme une autre de se souvenir qu’elle doit respirer. Une manière comme une autre de se calmer et ne pas céder quand elle se sent en proie à l’angoisse qui se faufile dans ses veines en espérant la ronger peu à peu. C’est d’ailleurs un miracle qu’elle n’ait jamais fait de crise de panique ou quoi que ce soit du genre, au vu de sa nature anxieuse et tout ce qui peut stresser un être au quotidien. Vivre à New York n’est pas de tout repos et Mathilda ne connaîtra jamais le calme puisqu’elle ne quittera jamais cette foutue ville. Du moment qu’elle évite les ennuis, ça ira. Pas vrai ? Elle aimerait, mais la plupart du temps les ennuis savent la trouver tous seuls – c’est pas faute de les fuir. Allez savoir, peut-être que c’est dans ses gènes. En attendant, elle n’a qu’une envie : rentrer. Et dormir, aussi ; mais cette tâche s’avère de plus en plus difficile alors elle ne compte plus trop dessus.

Le bar passe du statut ouvert à celui de fermé en même temps que sa propriétaire, qui termine de ranger le désordre laissé avec hâte, histoire de ne pas s’éterniser plus que nécessaire. Mais évidemment cet espoir est vain puisque déjà, elle entend des coups à l’entrée, signalant une présence imprévue. Son corps se raidit de la tête aux pieds tandis qu’elle se tourne pour voir quel intrus cherche à montrer patte blanche. Mathilda ne met qu’un instant à reconnaître la tignasse qui surplombe un visage familier, et ses muscles se relâchent un à un. Elle le voit ouvrir la bouche mais n’entend rien de plus que les basses de sa voix, incapable de discerner les mots qu’il prononce. Elle s’approche et c’est là qu’elle remarque ; son teint cireux, ses yeux voilés, son air chancelant. Il va pas bien. Y’a comme un truc qui se met en route dans son organisme et il accélère soudain son cheminement habituel, qu’il s’agisse de son palpitant, son flux sanguin ou sa respiration. Un truc cloche et ses nerfs se foutent en boule de son estomac jusqu’à sa gorge, alors que les mots commencent déjà à s’échapper de ses lèvres sans le moindre contrôle. Il lui faut quelques secondes pour réaliser que la porte est toujours fermée, et qu’il doit pas comprendre grand-chose à son charabia. Les mains presque tremblantes, elle se dépêche de déverrouiller l’entrée pour le laisser la rejoindre sur la terre d’asile. Il a l’air de difficilement tenir debout, alors elle peut pas s’empêcher de chercher à le soutenir sans trop savoir où foutre son bras, pour finalement venir l’enrouler autour de sa taille. « Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ? T’as franchement une tête de mort-vivant, on dirait que tu vas t’écrouler. » Elle marque une pause, le fixant de ses prunelles inquiètes. « Tu vas pas t’écrouler hein ? Merde, s’te plaît, fais pas ça Hades. » En quelques pas laborieux, ils arrivent jusqu’à une chaise où elle l’aide à s’installer avant de se placer face à lui pour l’observer plus amplement. Quand elle voit la façon dont il se tient l’abdomen, elle comprend. Elle comprend, et elle sent la panique grimper en flèche – mais c’est pas le moment, alors elle se contient autant que possible. « Fais voir. Je sais pas ce que t’as mais je vois que tu saignes et que t’essaies de pas te vider, et d’ailleurs je me demande comment t’as fait pour arriver ici entier sachant le nombre de machins qui grouillent à la recherche de chair fraîche ; mais on s’en fout, c’est pas ça le sujet. Faut juste que tu me montres là, et putain j’espère que c’est pas aussi grave que ça en a l’air. » Elle parle tellement vite que ça devient difficile de suivre, plus que d’ordinaire. Regard fixé sur ce qu’il cherche à camoufler derrière sa veste, elle ne voit plus que le sang qui pointe le bout de son nez, comme pour la narguer. Mais ça suffit pas à lui faire oublier l’état de celui qui lui fait face, forçant son inquiétude à augmenter de seconde en seconde. Si ça continue, elle va faire une crise d'apoplexie. Ce serait le comble de l'ironie.


Dernière édition par Mathilda Wooters le Ven 14 Nov - 15:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: breath of a life. ▽ (mades)   Jeu 23 Oct - 3:14


I WAS LOOKING FOR A BREATH OF A LIFE.


Lorsqu’elle déverrouille la porte, il sent une bouffée de soulagement monter du fin fond de ses entrailles. La gratitude l’envahit, mais il l’oublie bien vite. Il la regarde. Yeux vitreux, teint cireux. Il est à deux doigts de s’écrouler, et il se retient au battant de la porte, le temps qu’elle vienne enrouler son bras autour de sa taille. Quelques secondes, il ferme les yeux. Non. Lutte. Lutte. T’écroules pas. Ç’a beau être un sacré petit bout de femme, elle ne va pas pouvoir te porter complètement. Lutte encore. Lutte un peu.

Ses prunelles s’écarquillent. Ses lèvres s’ouvrent en un léger gémissement, alors qu’elle passe son bras autour de sa taille. Les doigts de Mathilda ont touché les siens. Il aurait voulu les attraper, les garder là, attachés aux siens. Mais rien n’y fait. Il ne lâche pas prise sur sa veste ; il ne lâche rien. S’il laisse une simple pression retomber, le sang va tomber par terre. Tacher le plancher. Il risque déjà de ne pas le laisser indemne. Il ne va tout de même pas faire exprès d’en rajouter.

Elle parle. Elle parle trop. Ses pensées à lui sont embrouillées. Il ne comprend pas la moitié de ce qu’elle dit. Les mots s’écrouler et merde lui parviennent plus distinctement. Son prénom, aussi. Il a attrapé sa taille fine. Il a serré son vêtement dans son poing. L’autre essaie toujours de maintenir la pression sur sa blessure. Il a probablement taché le gilet de Mathilda. Mais il n’arrive pas à s’en inquiéter. Pas encore. J’veux pas mourir, Matti. Tu piges, ça ? J’veux pas crever. Pas alors que j’ai l’impression de débuter c’te vie. Empêche ça, putain. Empêche ça.

Pas un seul mot ne s’échappe d’entre ses lèvres. Il l’écoute parler. Il n’imprime toujours pas la moitié de ses mots. Son attention s’était focalisée sur la chaise vers laquelle elle l’emmenait. Il s’y laisse tomber lourdement, et un pic douleur lui fait lâcher un gémissement souffrant. Il ferme les paupières. Et elle continue de parler. Mais qu’est-ce qu’elle a, à parler tout le temps, sérieux ? Pourtant, il se rend compte que sa voix le détend. Sa voix montre qu’elle est là. Sa voix est un baume, une berceuse. Il n’est pas tout seul. Il a quelqu’un dans les bras de qui tomber, s’il décide de se laisser mourir. Il a quelqu’un à qui s’accrocher, si l’envie lui reste de survivre. Mathilda est là. Et il l’aime bien, Mathilda. Elle a de jolis yeux, un joli nez. Une jolie bouche, et un sourire à en faire décrocher les étoiles. Elle est innocente, mais pas née de la dernière plus. Elle est belle comme un cœur, et elle ne le sait même pas. C’est ce qui la rend plus jolie encore. Pourtant, il n’est pas attiré. Peut-être l’a-t-il été, brièvement. Il ne sait plus. L’attirance n’est plus qu’un fait comme les autres, une pulsion à laquelle il a pris l’habitude de se soumettre, esclave de sa propre libido. Pas glamour, mais bien réel. Avec le temps qui passe, ce temps qui ne représente plus rien, il n’éprouvait plus grande culpabilité à se laisser couler dans les bras de la luxure. Il savait depuis bien longtemps déjà qu’il n’irait pas au paradis, non ? Alors pourquoi ne pas affirmer son billet pour l’Enfer, et rendre le véritable dieu des morts, celui de qui il usurpait injustement le prénom, impatient de le rencontrer ?

Il ferme les yeux, quelques instants. Pense à Ryker. Il ignore pourquoi il fait ça. La douleur psychologique vient étreindre son cœur, alors qu’il commençait à lâcher prise ; psychiquement, et physiquement. Aussitôt que sa main lâchât sa veste, une petite quantité de sang — inquiétante, néanmoins — glissa de sous le tissu, tacha son pantalon et son t-shirt. Reflux sanguin contrôlé depuis de trop longues minutes déjà, et qui trouvait enfin l’opportunité de surgir. Dégoûtant. La pensée du visage de Ryker se précise. Il le voit inquiet. Puis l’image se dissipe, devient flou. Il la perd. Il le perd. Non. Il veut survivre. Pour Ryk. Il veut vivre. Dans ses bras, l’oreille contre son cœur, sur son torse chaud. Il veut profiter de ce qu’on ne lui a jamais vraiment offert, de cette tendresse qu’il n’avait pas rencontré depuis toute une vie déjà. Et une tendresse différente. La chaleur d’un homme n’avait rien à voir avec celle d’une femme. Il ne trouvait plus de réconfort dans l’étreinte d’une demoiselle. Il se sentait protecteur. Mais le protecteur a besoin d’être protégé. Il avait envie de s’entendre dire les mots qu’il prononçait d’ordinaire. Il ne voulait plus de ce rôle de petit ami. Il ne voulait que leurs corps embrasés, leurs reins définitivement trop avides des coups des siens. Mais ça, Ryker le lui offrait aussi. Et il essayait d’y penser. La chaleur de ses bras. Les mots que le loup lui auraient murmuré. « Reste avec moi. Reste avec moi. Ouvre les yeux. »

Il les ouvre. Sa main a écarté sa veste. Et deux trous nets, dans ses vêtements, dégorgent de sang. C’est un miracle qu’il soit arrivé jusque là sans se faire sucer jusqu’à la moelle de son hémoglobine. Un véritable miracle. Il déglutit. Il essaie de respirer calmement. De ne pas paniquer. De ne pas regarder les deux traces de coup de couteau. Il fixe Mathilda. Ses jolis yeux, ses cheveux qui tombent sur ses épaules. Il essaie de ne pas voir l’horreur de son regard, l’inquiétude peinte sur ses traits, et la pâleur dont elle est soudain victime. Il occulte tout ça. Toutes ces mauvaises choses. Il attrape en tremblant le bas de son t-shirt, et le soulève doucement. Décollé le tissu imbibé de sang ne le fait pas nécessairement souffrir, mais lui arrache quelques spasmes. Des bulles de sang éclatent. Il en fout partout. Le sait. S’en sent mal. Mais ce n’est pas ce qui le fout le plus mal, à cet instant.

« D-Dis-moi qu’c’est pas grave… J’ai pas envie de crever, Matti. Putain, j’peux pas claquer maintenant, tu comprends ? Pas maintenant… » Sa tête part en arrière, quelques secondes. Il ferme à nouveau les yeux. Les gémissements s’échappent d’entre ses lèvres, incontrôlés et incontrôlables. « J’ai quelqu’un, tu sais. Ça fait tellement longtemps que j’avais pas eu quelqu’un. Vingt-cinq ans, peut-être. Plus. Je sais plus. » Mais tu as vingt-cinq ans. Elle ne va pas trouver ça étrange ? Oh, et puis. Merde. Il rouvre les yeux. Il divague un peu. Pense à Ryk’. Puis, avant, à celle qu’il a abandonnée. Elle était enceinte. Il s’en veut. Il revoit son visage. La culpabilité remonte. Tu vas chercher trop loin. Tu te tortures. Arrête, Hades. Arrête.

Mais si tu savais. Oh, oui, si tu savais.
Si tu savais que cette petite que tu trouves à croquer, cette étoile tombée des cieux, c’est la tienne.
Si tu savais que c’est le fruit des entrailles de cette femme que tu as laissée.
Si tu savais que cette poussière de rêve était à moitié tienne.
Si tu le savais, que dirais-tu ?


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