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 _claire est l'eau de mort | mathilda

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MessageSujet: _claire est l'eau de mort | mathilda   Ven 5 Sep - 2:57





claire est l'eau de mort



La première chose que l'on peut voir en entrant chez toi est ma peau que tu as si honorablement lynchée puis mis en drapeau sur ton mur jaunit. Les plus inconscient diront qu'il s'agit de la fourrure d'un si monstrueux ours qui n'existe plus. Les autres savent bien qu'il s'agit de celle d'un défunt loup-garou, de la mienne.

Juste en dessous de ce chef-d'œuvre se trouve des filtres, contenants de verre, poudres, sachets, herbes, produits chimiques et restants d'animaux. Ce désastres s'étale sur les murs, en feuille ou dessins de craie imprégnant la peinture, ainsi que sur ton plancher dont les lattes de bois se font de plus en plus rare. Sacs, boîtes et dégâts de toutes sortes les camouflent avec eux. Si l'on dresse le menton à notre gauche, on voit quelques portes celées; impossible de même songer à y entrer. Et si l'on porte regard à notre droite, on voit deux immenses portes ouvertes menant sur un balcon dont les plantes sont presque fanées, serre de morgue, et où les oiseaux sombres se font un nid.

Dans tes potions, toujours dans tes potions. Tu as mangé un feuilleté d'épinard en déjeuner – chaste choix – et maintenant que la lune est levée, tu ne veux plus retrousser tes grandes mèches de noir et d'ébène de tes alambics. Je te reconnais bien là, petite sorcière. Tu prépares un poison mortel? Un remède à exaucer les vœux des lépreux? Tu donnes à ton chaudron la plus exquise des texture, la plus raffiné des couleurs. Et pourquoi? Rien de tout cela. Rien de sérieux. Tu fabrique un parfum. Tout simplement. La larme des sirène ne serait aussi pétale que l'arôme de ton bol rouillé à l'instant. Eau de Cologne à en faire trépasser plus de cent, et corneille sur ton épaule. Voilà le portrait que tu donnes à la visite qui approche. Cette visite, cela fait trois jours que tu la patiente; les ossements ne peuvent pas toujours être précis jusqu'à l'heure du goûter.

Le sommeil te fait tard, et tu avales une lapée de nectar qui te donneras une belle vigueur d'énergie renouvelée. Et ton camphre, et ton amirauté d'anhydre, tes joyaux de cailles, tes lapidaires en givrure se donnent à cœur joie dans ta soupe. Tu récites tes incantations qui font leur charme. Tu brasses ton bouillon mauve et suie avec ton bâton de strass qui se teinte de toutes les couleurs impossibles sous les rayons d'une lune curieuse qui aura fouiné au rebord de ta fenêtre. Déjà, des dizaines de corbeaux y sont. Y dorment. Te laissent en paix pour les dernières distilleries que tu fais dans ces outils que tu as, avec bien des précaution, volé minutieusement à un professeur universitaire de chimie il y a bien des années de cela. Le meilleur truc pour faire de parfaites potions, qu'il en soit d'incantation, de poison ou de simple parfum, est de se prendre pour une sorcière chimiste. Vous l'auriez vite compris.

Tu regardes ta fiole. La testes sur ta peau, renifles. Des trèfles se dessinent sur ta truffe. Avec soin, tu refermes le contenant n'appartenant désormais plus qu'aux Dieux et tu la dépose dans son support. Une quatorzaine d'autres viendront la rejoindre. Tu n'es pas certaine de l'odeur, je le sens, je le sais. Alors tu déverse encore de ce parfum dans un flacon et déguste attentivement du mufle ce que le prochain en dit. Puis, le corbeau sur ton épaule crie à la porte d'entrée. Tu te redresse et y porte regard. Elle est fermée, mais tu devines sans mal quelqu'un s'approchant derrière. Les volatiles du balcon croassent en cœur mais ne partent pas à tire d'ailes. Tu en conclues que cette visite s'avère agréable – les corbeaux ne mentent jamais. Alors tu souris somptueusement et tes lèvres dédalent ces quelques mots avant même que ta visite eut cogné à la porte:

_C'est ouvert.



 


©BOOGYLOU.
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MessageSujet: Re: _claire est l'eau de mort | mathilda   Ven 26 Sep - 15:40


you used to be alright, what happened ? did the cat get your tongue ? did your string come undone ? one by one, it comes to us all. it's as soft as your pillow.

L’heure se fait tardive et Mathilda presse le pas, n’ayant pas la moindre envie de rester dehors en proie à tout et n’importe quoi. Surtout dans le Bronx, d’ailleurs. Au vu de sa nature trouillarde, c’est à se demander ce qu’elle vient foutre là. Elle-même est bien incapable de répondre, au final. Elle a pas réfléchi, elle a pas calculé quoi que ce soit. Elle a juste décidé de venir, comme ça. Et maintenant, elle a envie de se foutre des baffes – peut-être que ça lui remettra les idées en place et qu’elle arrêtera de faire des trucs cons. De toute façon ça ne marcherait pas vraiment, depuis sa naissance elle semble abonnée aux initiatives un peu débiles. Elle serait tentée de dire que c’est de famille, histoire de justifier ses instincts déglingués, qui vont pas franchement de paire avec son caractère de poule mouillée.  Un peu comme si elle était une boussole complètement allumée, qui a perdu le Nord et qui indique des directions aussi hallucinantes qu’absurdes. Mais même si elle choisissait cette excuse pour se rassurer, ce serait même pas vrai. Sa mère et son grand-père ne faisaient jamais rien qui puisse être qualifié d’irresponsable ou de stupide. Rien. À part mourir.

La pauvre maladroite qui fait tâche, c’est elle. Ça lui donne l’impression qu’on ne voit qu’elle et qu’elle finira pas la soirée en un seul morceau, si elle se dépêche pas. C’est limite si elle ne se met pas à courir pour arriver à destination plus vite, et elle freine abruptement quand elle remarque qu’elle y est déjà. Elle s’introduit rapidement dans l’immeuble, gravissant les escaliers quatre à quatre. Elle sait pas pourquoi elle est venue ici. C’est pas ça qui va réussir à faire disparaître ses angoisses, qui ne cessent de se décupler avec le temps. Pourtant, ça s’est imposé à elle comme une évidence. Elle se souvient de la première fois qu’elle y est allée, un peu par hasard d’ailleurs. Un peu impressionnée par les bestioles et la propriétaire, mais fascinée par ce qu’elle a pu voir. La vérité, c’est qu’elle s’est sentie apaisée dans cet endroit, sans trop comprendre pourquoi. Sans trop vouloir comprendre, en fait. Tout ce qu’elle espère, c’est qu’elle pourra avoir droit au même effet calmant et que ça pourra stopper la course effrénée dans laquelle son palpitant s’est lancé pour ne plus jamais en sortir. Le sang bat à ses tempes, il est dans sa bouche et au fond de ses yeux. Sur ses mains aussi, mais elle préfère ne jamais regarder, ne jamais le voir pour ne pas devenir folle. Le sang c’est son pire ennemi mais son meilleur allié, un cauchemar dont elle voudrait se débarrasser mais qui ne veut pas la quitter. Mathilda déteste cette putain d’hémoglobine, qui prend trop de place dans sa vie et dans sa tête, qui s’amuse à la torturer sans jamais la laisser tranquille. Le sang est partout mais elle ne le voit pas. Parce que Mathilda, elle vit les yeux fermés.

Arrivée devant la porte, elle est accueillie par l’un de ces foutus corbeaux qui sont toujours là. Ils lui font peur et pourtant, elle n’a pas l’impression qu’ils lui veuillent du mal. Ça l’empêche pas de rentrer sa tête entre ses épaules, le surveillant du coin de l’œil comme s’il allait lui sauter dessus. Il se contente seulement de croasser en bougeant la tête, et elle aurait presque du mal à soutenir son regard trop perçant à son goût. Oui, un simple piaf gagnerait haut la main au jeu de celui qui fixe l’autre le plus longtemps, parce que Mathilda baisserait les armes au bout de même pas dix secondes comme une grosse froussarde. C’est un peu le résumé de sa vie, en fait.

Elle n’a même pas le temps de taper qu’une voix lui parvient de l’intérieur, lui signalant apparemment que c’est ouvert. Elle se tâte un instant, prête à faire demi-tour pour absolument aucune raison valable. Un pas en avant, dix en arrière – c’est sa devise malgré elle. Un ange passe – ou plutôt un corbeau – et elle finit par actionner la poignée, enfin. Refermant la porte derrière elle, Mathilda avance jusqu’à voir un visage familier, à mi-chemin entre la poupée et la souillon. L’ambiance est aussi spéciale que dans son souvenir, mais déjà son cœur cesse de lui martyriser la poitrine à chaque battement, adoptant peu à peu un rythme normal. Pas comme celui habituel, qui lui donne l’impression d’être au bord de la crise cardiaque à chaque seconde de sa vie. Le visage un peu blême et cerné à cause de son manque de sommeil, elle croise le regard de son hôte en essayant d’arborer un sourire. Elle n’y arrive pas. Trop fatiguée peut-être, que ce soit parce que ses nuits se font courtes ou parce qu’elle est épuisée de plaquer le même masque sur sa face tous les jours. « Je– hum. Tu m’avais dit que je pouvais revenir quand je voulais, alors... Comme je faisais rien, je me suis dit que... » Un léger haussement d’épaules, et déjà elle s’attarde sur les étalages de fioles autour de la pièce, ses prunelles détaillant tout ce qui s’offre à elles. « Je sais pas. » Elle sait rien. Ni pourquoi elle est venue, ni ce qu’elle attend de cette visite. Rien, probablement. Mais tout, aussi. Les choses sont trop confuses dans son esprit, depuis quelques jours. Depuis qu’elle a croisé la route de ce type. Mais elle ne veut pas y penser, effrayée à l’idée de se souvenir de ce visage, relayé au fin fond de sa mémoire. « J’avais juste besoin de me vider la tête. » Alors elle venue là. Parce qu’elle a l’impression d’être carrément immergée dans une autre dimension, qui lui échappe un peu mais qui ne lui déplaît pas pour autant. C’est comme du papier bulle autour de tout son corps, pour la protéger du monde entier et l’empêcher de se heurter à tout et n’importe quoi comme elle le fait toujours, un bouclier entre elle et les créatures qui grouillent dehors. C’est du papier bulle autour de son esprit ; une barrière entre elle et le monstre qui gratte au creux de sa poitrine en cherchant à s’échapper. Ça la protège du monde extérieur, mais ça la protège surtout d’elle-même. Mathilda a vu son ombre, et elle avait le regard abyssal et les lèvres assassines. Mathilda a vu son ombre, et elle en est terrorisée.


Dernière édition par Mathilda Wooters le Ven 14 Nov - 15:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: _claire est l'eau de mort | mathilda   Jeu 16 Oct - 0:52





claire est l'eau de mort



Elle prend son temps, la femme derrière la porte de bois. Tu sais qu'il s'agit d'une femme parce que ses pas sont le velours de ton parquet. Tu devines aussi qu'il s'agit de Mathilda parce que l'invitation égarée dans le hasard puis hésité à la dernière minute lui va comme un joyau. Non, tu ne le devines pas. Tu l'espères, plus justement. Tu écartes ton corps de tes alambics pour lever un menton sur ce qui s'apprête à arriver. Puis le compte à rebours des secondes interminables se décime, la poignet rouillée grince sous la patte d'une passagère exquise. Alors tu souris, doucement, et point trop. Le bonheur se vit sur le cœur, pas les lèvres. Pas toujours.

Tu ressens alors cette panique qui a grugé trop de nerf sous cette peau de neige. Celle de la sorcière agitée comme le puceron à la larvicide. Et avant même que son regard taupe et infini et la pêche de ses joues ne se découvrent dans l'embrasure de la porte, avant même que son souffle rêche et livide obstrue les lattes du logement, tu es triste. Que Mathilda doive vivre dans la crainte. Toujours. Encore. Pas par pas. Dire qu'elle est capable de tant, de tout ce qui n'inclut pas l'angoisse. Son ombre svelte lèche les murs, suivit de ce qu'elle traîne d'elle-même. On dirait une poupée. Tu aimerais lui dire de faire attention de ne pas se casser. Mais tu ne le fais jamais. Je te connais trop. Ta gêne, aussi stupide soit-elle, l'emportera à chaque fois.

Tu constates qu'elle a possédé un souffle très court et cuisant auparavant. Tu t'immobiles un instant et tend l'oreille, comme si la crainte qu'elle soit poursuivit te tenaillais un moment ou deux. Et rien ne vient effleurer ta conscience, alors tu repose tes paupières d'encre sur ta potion. Et sans plus attendre, la mignonne explique la raison de sa venue. Est-elle fautive de quelque chose? Certainement pas. Alors ses arguments qu'elle ne peut visiblement pas elle-même expliquer te donnent sourire, encore. Déduis donc toi-même qu'elle avait envie de venir te voir, et avoue que tu t'ennuyais de ses traits trop maigres et frêles, adorables à souhait.

La distillerie bouillonne quelque gouttes encore dans ses flacons et tu te penches pour observer la pureté du liquide prenant les teintes d'un jaune abyssal. Depuis que tu es toute petit, depuis tes cinquièmes saisons, tu ajuste ton œil au niveau de tes concoctions pour leur donner un peu de ta curiosité. Tu n'as pas changé d'un poil. Dans une fiole précieuse, le parfum coule à flot. Mais cette fois, tu ne penses à l'invention. Tu penses à Mathilda. Se vider la tête? Tu portes un œil sur elle. Elle frémit, elle craint son ombre. Toujours sa propre ombre. Et tu saisis le parfum délicat pour le faire tourner dans son verre rendu éternellement vieux. Puis tes pieds en chaussettes font quelques pas vers ton amie et tu prends sa main, délicatement. En la regardant dans les yeux, sans cesse. Tu aimes être hypnotisée par ses prunelles taupes et infinies.

Tu retourne sa paume et dégage sa veste pour dévoiler les veines de son poignet. Il s'agit de l'endroit le plus sensible du corps, tu le sais. Et trois larmes, pas de plus, ni de moins, tu viens déposer de la fiole sur sa peau de porcelaine. Un coup de parfum gratuit n'est jamais désespéré ou inapprécié.

_Bonjour, Mathilda.

Parce qu'elle ne t'avais pas encore saluée, et que tu n'avais toujours pas fait de même. Sourire poli sur la plume de ta bouche, et tu tournes les talon en regardant son ombre qui s'est fait un nid de ton papier peint. Pourquoi craindre chose si adorable? Ta pensée est ironique, et tu préfères la garder pour toi. Tu te rends à ton placard où se trouve le répertoire de tes potions, et tu sers la nouvelle parmi ses sœurs. C'est probablement la seule chose qui ne soit pas en fouillis dans ta demeure.

_Pour te vider la tête, te vider le cœur, les tripes ou le foie, tu es à la bonne place.

Il ne faudrait peut-être pas que tu empoignes la lame de tant de pouces sur ta commode, il en serait de mauvais goût. Et ce que tu dis à la petite Mathilda est vrai. Si une confidente sur ce monde elle aurait de besoin, tu jouerais le rôle comme une merveille. Déjà sais-tu tant de choses à son sujet, toutes impertinentes, mais qui te passionnent tellement...

_De quoi as-tu peur, ma douce? Tu sais que tu n'as pas à avoir peur.

Comme une comptine dans les loque de ta robe, gambade jusqu'à cette table dont on ne voit plus rien de meuble. Des livres, des outils, des carcasses et des poussières. Et un vase en bronze, ainsi que deux coupes assorties. Tu as préparé ce breuvage ce matin même, il est toujours frais et délicieux. Tu vous verses chacune une portion. La boisson est rempli de caillots impossibles, possède la substance du vomit, les teintes du goudron et l'arôme des fées. Tu jurerais à quiconque que c'est délicieux. Il ne faut jamais se fier à l'apparence, devise importante de cette vie. Tu t'approches de Mathilda et lui donne sa coupe. Toi, tu trempes tes dents sur la tienne. Goût de rouille, puis jus fruité et exquis. Hydromel des secrets.

_Je savais que j'aurais une belle visite. Tu sais comment je l'ai su?

Ton regard et intense sur son iris. Il parle pour toi, presque. Il parlerait pour toi si ta langue n'était pas si éloquente.

hj:
 

 


©BOOGYLOU.
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