FERMETURE DU FORUM ► Pour en savoir plus c'est ICI

Partagez | 
 

 ❖ this cool night air is curious. (seul)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar
InvitéInvité
MessageSujet: ❖ this cool night air is curious. (seul)   Lun 23 Mar - 21:29




Here I lay just like always

- Don't let me go. Take me to the edge. -



Hiver 2053,
à l'orée de New York.

- C’est ici que nos chemins se séparent, camarde !

Doucement, la voix, qui me parait si lointaine, résonne entre les cloisons osseuses de mon crâne comme un caillou qui se heurte contre les parois d’un puits profond et vide. Comme à chaque fois, m’extirper d’un sommeil tourmenté, c’est crever la surface d’une mer trouble et déchainée par les torrents des vagues incisives qui se fracassent sur mes facultés mentales et me replongent dans les abîmes insidieux de l’inconscience. D’interminables secondes d’apnée profonde qui cisèlent et effilochent tout point repère, de sens et d’orientation. Je suffoque. Je m’étrange. Je sombre et m’envase dans les plaies suppurées des mes vieilles blessures et cicatrices psychiques. Meurtrissures de souvenirs récents et anciens qui peignent de rouge ce qui pourtant ne le doit pas. Éternelle proie de ma tourmente, tempête intérieure qui devient l’épicentre d’un redoutable cyclone, une tornade qui s’anéantie toute seule et qui recouvre mon regard d’une sourde fatalité.  Mes gémissements qui se muent en cris, des appels malheureux qui se prolongent en un hurlement de désespoir, jusqu’au réveil hystérique : là où la collision avec la réalité m’apparait en une série de flashs découpés, là où les images se superposent et se confonds au travers d’un funèbre filtre cramoisie qui empeste la mort et exhibe sans aucune pudeur son abomination. J’ai beau avoir les yeux grands ouverts, les zébrures de mon cauchemar s’entêtent à déchirer et encrasser mon champ de vision… les obus d’acier qui s’enlisent dans la chair humaine… les crânes qui explosent… les giclures pourpres et gélatineuses de matière grise qui aspergent le sable… le sol qui tremble… l’air qui se déchire… les cadavres qui s’empilent en une pyramide immonde… moi… impuissant… qui avance entre les vestiges… long chemin de croix… terrible crucifixion… témoin de la décomposition de l’Humanité… flambée de l’Enfer qui me consume de l’intérieur… la Haine qui me crève les rétines… électrifie ma cervelle et court-circuite absolument toute inhibition… mon doigt qui effleure la détente de ma mitraillette… caresse presque langoureuse… alors que je prends pour mire celui qui…

- Absolem…

Une main rassurante vient timidement se poser sur mon épaule. Tout se calme. Enfin, ma vision redevient normale… le tableau de bord se déplie, le pare-brise se stabilise, la petitesse de l’habitacle se referme sur moi et le silence retombe. Je suis dans la voiture, mon imposant gabarit complètement enfoncé dans le siège passager… la peur… bien qu’enfin apaisée, est toujours présente… palpable. Je cligne les yeux, haletant, désorienté et hagard. Du coin de l’œil, j’aperçois la figure mi-dubitative et mi-mesquine qui me toise d’une étrange manière. Je fronce les sourcils et prends enfin conscience de ce qui se passe…

- Dimitrius, je déglutis de travers la salive qui me remonte dans la gueule et retire enfin mes sales pattes de la gorge que je m’apprêtais à broyer.

- Ces saloperies de cauchemars, hin ?

Ce n’est pas la première fois que ce genre de scène se produit et jamais Il ne m’en a tenu reproche. Est-ce qu’Il m’a déjà seulement reproché quoique ce soit ? Non. Jamais. Parce qu’il comprend…

- Basta ! Laissons ces vieux squelettes dans le placard et que le Passé reste où il est ! Concentrons-nous sur le présent ; c’est ici que nos chemins se séparent, Absolem, il annonce cela sans nuance de tristesse et ou de nostalgie dans la voix. Il aurait dit « il neige, dehors » sur le même ton. Évasivement, il me désigne l’horizon d’un vague coup de menton.

Mes deux billes de saphirs dérivent sur le verre du pare-brise, où je vois s’étendre une grande route enneigée et bordée par une forêt sinistre et brumeuse. À la vision de ces bois maléfiques, l’amertume m’érafle l’intestin grêle :

- C’est quoi, ça ?

- La route qui te mènera à New York, qu’il démystifie en se bidonnant : Tu ne t’attendais tout de même pas à ce que je te guide jusque-là par la main ? J’suis fou, mais pas à ce point, Abe ! Cette ville, désormais, c’est une grosse pomme pourrie ! Il est hors de question que je saute à pieds joints dans ce tas de merde. Ça, c’est ton dessein, pas le mien !

- Tu m’avais dit que---

- J’ai dit que j’allais te donner un coup de main ! Promesse que j’ai tenue depuis que t’es devenu l’obsession malsaine de Gorev ! N’oublie pas tous les risques que j’ai pris pour toi !

- Bien sûr. Et pendant que tu gardais un œil protecteur sur moi, de l’autre, tu observais Gorev qui venait de faire exploser la compagnie de son plus redoutable adversaire. Une belle giclée de flammes sur un combustible déjà suffisamment alimenté par le sang et la décadence ! Enfer que tu as toi-même nourri, Dimitrius. Petit jeu de Pouvoir qui t’a lassé, tout comme moi, et qui t’a emmené à mordre la main qui te nourrissait. T’es un excellent Consultant, mais t’es royalement à chier lorsqu’il vient le temps d’appuyer sur la détente. T’es le costar et j’suis la paire de Converse qui t’empêche de te salir les pieds lorsque vient le temps de marcher dans la bouse.

- Abso---

- C’est la seule raison qui t’a convaincue de me donner un coup de main, lorsque le contrat ouvert est retombée sur ma tête. T’avais besoin d’une gueule cassée, pour te sortir toi-même de tout ce bordel ! Gorev te cherche aussi… je me demande d’ailleurs combien vaut ta tête ? Dimitrius Romanov, le bras droit de l’illustre Viggo, ça doit frôler les dix million, non ?

Lentement, je tourne la tête et dévisage le vieil homme à côté de moi. Ce dernier n’affiche aucun signe de remord ou de regret. Par contre, dans les grands yeux noirs, un voile étrange embrume le flegme de ses pupilles, comme si, tout à coup, les soixante-dix ans de l’homme se reflétaient et qu’il le réalisait... Vulnérabilité que je vois pour la première fois et qui est loin de me déplaire. Mon petit laïus a ébranlé sa vieille carcasse amorphe et impavide… pourtant forgée dans le moule de la bullshit.

- Tu… tu ne vas tout de même pas me… tuer ?  

- Non. Mais je vais te demander gentiment de sortir de la voiture…

- Quo---

De mon poing gauche, je lui encastre la voyelle et le point d’interrogation dans le creux de la gueule. Éberlué, le vieux Consultant batifole des paupières et effleure sa lèvre inférieure du bout des doigts. Surprise générale : elle pisse le sang. J’lui ai demandé gentiment, il n’a pas écouté et moi… bah, j’ai horreur de me répéter.

- Tu es f---

Je lui allonge un bim même pas drôle sur son bout de nez en trompette qui éclate telle une tomate trop mure. Désormais terrorisé, l’enfoiré s’empoigne le nez des deux mains, gémit un bon coup et examine ses doigts sanglants.

- On peut faire ça durant bien longtemps, Dimdim. Tu sors ou je le fais pour toi.

Vaincu, le vieux croulant agrippe la poignée de la portière et sort enfin de la voiture. Moi, je bondis du siège passager et atterris derrière le volant. La clé restée dans le contact, je l’actionne et le moteur du bolide ronronne doucement. Du coin de l’œil, j’aperçois le visage ravagé de Dimitrius qui vient écraser ses paumes poisseuses sur le verre de la fenêtre et me jauge d’un regard dégoulinant de rancœur. Notre partenariat rompu, je sais que cette vipère me sera d’une très grande nuisance… l’éliminer serait une option… mais rendrai le voyage tellement plus ennuyant et insipide !

Sourire sardonique aux lèvres, j’agrippe le volant, sur les chapeaux de roue, la vieille bagnole s’engage sur la grande route qui… si le vieux disait vrai… me mènera bientôt à la fin de mon commencement.


TO BE CONTINUED
sujet terminé et verrouillé
Revenir en haut Aller en bas
 
❖ this cool night air is curious. (seul)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Wednesday Night Raw # 60
» Seul et perdu...
» Big Boss motorisé. Seul ou accompagné ?
» Holly Holliday ~ You don't have to be cool to rule my world
» Sur une barque ... seul ... avec elle ...

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
You ain't born typical :: CORBEILLE :: Corbeille RPG-